19 février 2009
Hermétisme & métaphores
La journée a été harassante. Faire face à beaucoup de gens mécontents. Devoir régler - si cette chimérique appellation a du sens, de nombreux problèmes. Informations d'un monde qui perd le Nord. Son lit.
Là, fermer les yeux.
Descendre en soi.
Viennent les métaphores :
"Dans la profondeur de l'abreuvoir
Abandonner tous reliefs".
Dans la situation vécue, tout cela coule de source.
Mais si je livre l'énoncé tel quel, hors contexte, les métaphores deviennent hermétiques.
Et alors ?
N'est-ce pas justement là, et dans l'hermétisme de la métaphore in absentia, que débute la "poésie" ?
12 février 2009
L'humide hauteur
1. Ce qu’au printemps le plus incandescent des prophètes et des géants, toute la vaillance de l’unique n’a osé accomplir, il me vient souvent à l’esprit que le nombre dru lui fut infligé par défi, dans le seul souci de le contraindre absolument, traversé d’échos nuls, à se rassasier du repli le plus suiffeux de son écorce dans la limite du seul secret de lui-même.
2. Songe de tout ce qui a vécu plus encore ! Songe de tout ce qui a longtemps attendu, sobre, et qui perdure dans le tari de l’épaisseur : Songe, sans dérisoire. Le même geste qu’autrefois, sa préhistoire fit au calcaire exact de l’homme, qu’il soit ! Accomplie d’un trait sûr, telle sur du roc, la gravure rêche de l’instant…
3. Pourquoi, en effet, quatre saisons et cinq sens ? En termes logiques, cela revient à se demander quel sens est en trop ou bien quelle saison manque à l’appel. Qu’est-ce donc que lundi ? Qu’est-ce donc que janvier ?
A moins que dans le lisse corps de reptile du temps, le maladif instinct de recensement des ancêtres qui présidèrent au découpage calendaire n’ait tranché à vif, sans un réel souci d’harmonie entre ce que nous sommes et le cosmos ?
4. L’épaisseur de ces signes, elle est presque nulle, tout comme le nombre des vivants qu’ils emportent, tirets entre deux dates. Moi je ne veux pas quitter la Terre avant d’avoir été souri par la mélodie du monde humide. Souri, dans l’épaisseur tarie que j’environne en parlant.
Quelle vulnérabilité, à ce point me rappelle, la lumineuse trace sur l’arceau de l’escargot sous la tonnelle ? Deux plus deux , c’est pourtant vrai, n’existe pas dans un jardin ! Mais seulement une solaire puis nocturne présence, rousse puis blanche, verte, blonde et toujours humide des choses de la terre.
5. Corps dévêtu : Dis-le moi, tu appartiens à la sueur de la Terre, et ce n’est pas petit ! Son roc coule encore dans le silence de tes fibres, et ce n’est pas rien ! Le porphyre ! Le mica ! L’ébène ! Orgues chancelants, ces mots, dont l’envie turbulente, transpirant, devient de plus en plus fredonnante ; ma vigilance parlée à leur éclat est-elle pour autant toujours égale, hélas !
6. Echo bref avant le durable silence dans la pesanteur stable de l’écorchée des marées : Un instant, comme une pellicule, se déroule sur le papier ; pauvre, vulnérable exercice d’une mémoire, puis le vacillement (toujours le même) se produit : Je demeure sans force allégeante parmi la multitude de la ville, le corps ruisselant d’une invincible naïveté indifférente à sa naissance. Comme l’enfant qui me confiait hier : « Je ne sais plus quelle falaise j’habite ! », puis relevant les yeux sur la foule : « Lequel creusa ma paume, ô, si veinée ? », on s’y noiera fatalement, on quittera jusqu’à la forme : Boire, cependant, boire est permis même au plus faible ; à celui qui n’a que son corps.
Mais pour atteindre l’humide hauteur
Il faut toujours tant se pencher
Que rester stable est une science.
01 janvier 2009
L'humide parole
1. Des phrases gouttent de ma luette, abreuvent mon tympan, irriguent mes cavités. Des sons, que j’entends qui résonnent, percutent le plus creux de ma roche, forgent un peu de signification, que je sens qui s’installe serein en son écoulement malgré l’oscillation. Ils façonnent peu à peu, au temps de la scrutante falaise que je suis, une frontale et ronceuse réserve, que n’assècheront jamais, quoi qu’il advienne, ni le partage de l’universelle et pimentée poudre, ni la rouerie aux cimes du meurtre quotidien.
2. Dans le réduit de la falaise que scrute au loin la pâleur qui me cherche des disparus qui me manquent, je désire – il me faut – une parole efficace au moindre étage de l’assoiffé gercé de canicules, car la combinaison de la violence et de la vitesse a favorisé un environnement qui n’est plus propice au suave étirement de l’algue sur la plage, tel qu’en langue de phares, l’humide le sollicite : J’implore donc la langue d’être le témoin rétif de mon humidité.
3. Car l’humide est matière, non représentation. Mesure exacte entre le sec et le mouillé – parce qu’il naquit jadis de celle entre le déluge et le feu, l’humide laisse écouter à l’envi la distance au sein de la foison lexicale, offrant à l’étonnement, comme l’encre sur la ligne, prise sur chaque mot. A la frontière des frêles points que cabre leur fusion, le trophée de leur course demeure à décider
4. Refusant qu’on le console, il ne se montrera jamais rude ou plaintif, tel le sec indécent. Il ne comprend ni la langue de la ruse, ni celle de l’indignation. Mais le sabre, qu’il juge inessentiel de la profusion, il résistera toujours à la nécessité de le brandir, des alcôves rudimentaires aux scènes extravagantes où sa lucidité s’étend.
5. Architecte de son seul équilibre, où qu’elle se dépose, l’humide parole n’intime nullement la moindre épine de persuasion. Qu’inscrirait-elle, frémissant de tendresse, sur les pages d’un quotidien annonçant les peurs, les guerres ? De sa vitalité éphémère, elle ne tire qu’une compétente discrétion : Qu’a-t-elle à spéculer, que peut-elle réparer sur la falaise déhanchée vers quoi tout se comprime ? Et c’est curieusement qu’elle aménage et réserve, pour qui sait la recueillir, l’espace tiède et hospitalier d’un retrait déterminé, sous la forme incongrue et pourtant si évidente de sa propre et solitaire coquille.
16 novembre 2008
L'Ecorché des Marées
L’écorché des marées demeure, devant le ressac, tel le guide attentif des dunes : tout inquiet qu’un froncement d’algues le découvre parfois, la vigilance pourpre de son corps veille à la coulure apaisée des signes, jamais cédant à l’horizon douanier. L’écorché des marées possède la filante et secrète botte d’un calendrier pour lui indiquer et la fréquence et le tumulte des charges carillonnantes contre la peau vermoulue de son corps. Il connaît par cœur la surface restreinte de sa durée et ne se languit que de notes authentiques, devant la ligne de fuite des futurs comprimés. C’est pourquoi lui convient fort, comme une très vieille bruine qui s’accroche à l’habit, l’humidité de sa très vieille langue avec laquelle il n'a appris qu'à durer malgré la véhémence et le tort, car à aucun moment, il ne constata dans l’algue leste de ses strophes le soupçon même du plus infime dépérissement. Avec parcimonie et d’une voix discrète, l’humide parole indique la provenance de sa liquide matière, tout empreinte des marées. Elle rappelle le temps et le lieu et l’issue : Elément, jamais davantage, de ce qu’une simple mélodie peut affirmer de soi :
Goutte, elle demeure en attente
Puis glisse mais sur la margelle
Se défait avant de filer
Dans la malice d’un vieux puits
Du tiret fin, qu’elle offre d’elle
15 novembre 2008
Sable savant sur la falaise
1. La réduction du lyrisme à la vitesse ayant brûlé sur le sol toute trace, même infime, de l’humide, le silence est tel et demeure si sec qu’on ne boit rien. 2. Rien ! Au creux des ornières, le long des rigoles, la rétraction des secondes est si perceptible qu’un nouvel arrivant renoncerait à y graver le relief de ses pas : De ronceux socles en rocheux nids, la tyrannie du sec, si inscrite, que la parole implore en la silhouette de chaque rugosité. Seul, l’entrelacs violet du piment bruit de l’assaut de violentes files de fourmis, pattes brunes qui se bousculent et tracent dans le foncé de la poudre leurs alphabets divagants. 3. Angles, plis, coins, fentes, aspérités : Plus rien n’est prononcé. De trop cuire, le sol s’est cisaillé. Toute parole s’est restreinte à la volonté du siècle dur. Tout récit, à n’être plus raconté. Dans le gris de la rocaille, partout régnant, la disparition des temps humides apparaît telle une cérémonie accomplie, par le mutisme qui les a bus. 4. Sable, ici, Si savant… Que l’ennui s’est mué en un coma qui se cabre dans la fibre de chaque fossile : Des phares, fidèlement, n’avaient-ils pas veillé sur ces lieux, traçant, féconds, de géométriques figures dans la candeur inépuisable de leur nuit, du rebond de leur fil, à l’horizon, trapèzes ?
5. Ce qu’affronte la falaise ! Tout ce qu’endure son brusque précipice !
L’enquête, à bien mener, coûterait trop d’aveux… Et c’est donc un passé toujours indéchiffrable qui s’astreint sur son front rétracté à l’évaporation : Tant s’effrayait, naguère, en leur rotondité, de leur haute lueur, l’enclos de leur vieux bâtiment ! Le vif de leur effort, c’est l’ivoire de leur tour qui, seul, l’a bien connu.
6. Si la signification des figures qu’ils lancèrent inépuisablement jusqu’à nous sur la lande fut jadis défénestrée par paresse, la falaise a malgré tout appris à survivre au-dessus des décombres dans le voltige mousseux des lueurs ineffaçables :
Charpente ainsi d’un hautain précipice,
Sa torride et sa savante malice
Tancent d’un clin d’œil sec de sédiment
Plaines, prés, champs, puis, là-bas, l’océan.
7. La science de ce sable, ici partout savant, n’aura produit, finalement, en plein cœur de la précarité des saisons, que le coma stagnant des fossiles :Troncs rugueux et tannés devant de béants orifices, crinières excédées des racines au bout des souches déculottées, là où l’humus avait garanti l’inscription solide de la trace et la respiration pleine de charmes de l’enfant.
8. Parole ôtée à son humide auteur,
Trace d’un simple fil,
D’un art patent, lettres abandonnées,
Epitaphe cuisant d’un vers éteint,
La lumineuse trace des absents pèse
Trop sur ce vers que j’étends …
L’aridité d’un lit tari à l’or
Découvre au ciel en bans luisant, alors,
Ternes parmi l’éclat des galets ronds,
Quelques rides lisibles de limon.
Souple et perlant écueil, pur acrobate,
Verbe dont l’ordre est l’éclat qui l’extrait,
Vif et naïf de la poussière mate,
Du relief de sa courbe où tout se tait...
« Mon geste il tue majestueux »
Déclare, étagée sur le sol,
L’ascèse au trait volumineux
D’un alphabet humide et seul.

